Pékin viole l’accord sino-Vatican par la nomination d’un évêque

29 Novembre, 2022
Provenance: fsspx.news
Mgr John Peng Weizhao

Le 24 novembre 2022, un évêque « clandestin » a été installé à la tête du diocèse de Jiangxi qui n’est pas reconnu par Rome, et est devenu évêque « officiel », rattaché à l’Association patriotique des catholiques chinois. Cette nomination viole l’accord entre la Chine et le Vatican qui a protesté par une note officielle. Retour sur la genèse et les conséquences de l’évènement.

Genèse de la situation

Agé de 56 ans, Mgr John Peng Weizhao est devenu prêtre en 1989. Il a été secrètement ordonné évêque de Yujiang avec mandat du pape François, le 10 avril 2014, pour succéder à Mgr Thomas Zeng Jingmu, qui a passé 23 ans en prison et est mort à l’âge de 96 ans en 2016.

Quelques semaines après son ordination, Mgr Peng a été arrêté. Libéré en novembre 2014, il a toujours été sévèrement limité par les autorités pour exercer son ministère. Il était, selon Pékin, un évêque « clandestin » et soumis, avec son clergé, à des pressions constantes.

Lors d’une cérémonie organisée le 24 novembre, Mgr Peng a été installé « évêque auxiliaire du diocèse de Jiangxi ». La cérémonie était présidée par Mg Li Suguang, vice-président de la Conférence des évêques catholiques chinois, l’organe collégial non reconnu par le Saint-Siège.

Le diocèse dont le prélat avait été nommé évêque, Yujiang, existait depuis 1885. Dans la province du Jiangxi, il y a donc actuellement deux évêques : Mgr Li Suguang, âgé de 58 ans et évêque officiel de Nanchang, et Mgr Peng, qui devient son auxiliaire.

Un nouvel archevêché sera construit à Nanchang, présenté par les instances catholiques contrôlées par le Parti communiste chinois (PCC) comme un modèle de sinisation, le mot clé indiqué par Xi Jinping pour l’avenir des religions en Chine.

Selon le site web chinacatholic.cn – le site des organes catholiques contrôlés par le PCC – lors de la cérémonie d’installation, Mgr Peng a lu le serment suivant : « Je jure d’observer les commandements de Dieu, de remplir les devoirs pastoraux de l’évêque auxiliaire, de prêcher fidèlement l’Evangile, de diriger les prêtres et les fidèles du diocèse de Jiangxi ;

« de respecter la Constitution nationale, de sauvegarder l’unité de la patrie et l’harmonie sociale, d’aimer le pays et la religion, et persister dans le principe des Eglises indépendantes et autonomes, adhérer à la direction du catholicisme dans mon pays en Chine, conduire activement le catholicisme à s’adapter à la société socialiste, et contribuer à la réalisation du rêve chinois du grand rajeunissement de la nation chinoise. »

Cela confirme la pression exercée par les autorités chinoises sur les évêques officiels et non officiels. Et qu’ils poursuivent aussi leur projet d’adapter les limites des diocèses en fonction de leurs objectifs politiques, sans accorder beaucoup de poids aux négociations avec le Vatican.

Le Vatican réagit par un communiqué

Le 26 novembre, le Saint-Siège publiait un communiqué condamnant la nouvelle situation. « La cérémonie d’installation » de Mgr John Peng Weizhao comme évêque auxiliaire du « diocèse de Jiangxi » n’a pas eu lieu conformément aux dispositions de l’accord provisoire sur la nomination des évêques entre le Vatican et la République populaire de Chine, renouvelé il y a tout juste un mois.

Cette intervention officielle précise que le prélat, en « officialisant » sa position dans un diocèse autre que celui pour lequel il avait été nommé, a fait un choix qui n’était pas en accord avec Rome.

La note remarque aussi que le diocèse de Jiangxi n’est pas reconnu par le Saint-Siège, et que l’événement n’a pas eu lieu selon l’esprit de dialogue existant entre le Vatican et la partie chinoise et à ce qui a été stipulé dans l’accord provisoire sur la nomination des évêques du 22 septembre 2018.

Enfin, elle constate que la reconnaissance de Mgr Peng a été précédée, selon les rapports, « d’une longue et forte pression de la part des autorités locales ». Et, conclut la note, « le Saint-Siège, espère qu’il n’y aura pas de répétition d’épisodes similaires, (…) et réaffirme sa pleine volonté de poursuivre le dialogue respectueux concernant toutes les questions d’intérêt commun ».

Mais il faut malheureusement constater qu’une telle mesure, prise de cette manière, confirme une fois de plus le peu de poids que Pékin accorde à l’accord sur la nomination des évêques. Et ce n’est pas le langage lénifiant du communiqué du Saint-Siège qui peut rassurer.

Il faut ajouter le fait aggravant du serment prononcé par Mgr Peng, avec des références à l’autonomie de l’Eglise chinoise et à l’objectif d’adapter le catholicisme à la société socialiste, qui laisse clairement entendre qu’il s’agissait d’une pression soutenue.

Enfin il convient de rappeler qu’aucun évêque n’a été nommé en Chine depuis le 8 septembre 2021, malgré le grand nombre de diocèses vacants, et le renouvellement de l’accord en octobre dernier. De fait, l’accord n’a même pas été mentionné dans les textes officiels de l’assemblée des catholiques chinois qui s’est tenue à Wuhan l’été dernier sous le contrôle strict du Parti.